Pendant 9 ans, j'ai été opticien. Pas par défaut — j'aimais mon métier, le contact avec les clients, la rigueur technique. Mais à un moment, j'ai senti que je voulais autre chose. Quelque chose que je pourrais construire moi-même, à mon rythme, sans plafond fixé par quelqu'un d'autre.
Aujourd'hui je suis développeur salarié la journée et freelance les soirs et les weekends. Ce n'est pas le chemin classique. Et c'est exactement pour ça que j'ai envie d'en parler honnêtement.
De l'optique au code : une reconversion en 6 mois
J'ai choisi une formation intensive de développeur web — 6 mois à temps plein. Six mois pour apprendre à coder de zéro, à changer complètement de référentiel professionnel, à passer de la lunetterie aux bases de données.
Ce que personne ne te dit avant de commencer une reconversion, c'est que la formation t'apprend à apprendre — mais pas à te vendre. À la sortie, tu sais coder. Tu ne sais pas encore trouver des clients, fixer un TJM, rédiger un contrat ou relancer un impayé.
Le CDI d'abord — et c'était la bonne décision
Six mois après la fin de ma formation, j'ai trouvé un poste de développeur en CDI. Beaucoup de gens m'ont dit : "Pourquoi tu ne te lances pas directement en freelance ?" La réponse est simple : je n'avais pas encore assez d'expérience pour me vendre à un TJM correct.
C'est valable quel que soit ton métier : développeur, designer, consultant, rédacteur, chef de projet. Le CDI m'a donné deux choses que le freelance ne pouvait pas me donner au départ :
- De l'expérience réelle sur des projets professionnels — travailler en équipe, livrer dans des délais réels, comprendre les attentes d'un client professionnel
- La sécurité financière pour ne pas être obligé d'accepter n'importe quelle mission à n'importe quel prix
Deux ans plus tard, je me suis senti prêt. Pas parfait — prêt.
Pourquoi j'ai ouvert ma micro-entreprise en restant salarié
Ouvrir une micro-entreprise en étant salarié, c'est tout à fait légal — à condition de vérifier deux choses :
- Que ton contrat de travail ne contient pas de clause d'exclusivité (la plupart des CDI dev n'en ont pas)
- Que tu ne travailles pas pour des concurrents directs de ton employeur
La micro-entreprise s'est imposée naturellement : zéro frais fixe, création en quelques clics sur autoentrepreneur.urssaf.fr, et cotisations uniquement si tu gagnes quelque chose. Parfait pour tester sans risque.
À retenir si tu es dans la même situation
Préviens toujours ton service RH ou ton manager avant d'ouvrir ta micro-entreprise. Ce n'est pas obligatoire légalement dans la plupart des cas, mais ça évite les malentendus — et ça montre ta transparence.
La réalité du freelance soirs et weekends
Soyons honnêtes : c'est contraignant. La journée, tu codes pour ton employeur. Le soir et le weekend, tu codes pour tes clients. Il n'y a pas de secret :
- Tu ne peux pas accepter des missions qui nécessitent une disponibilité en journée
- Ton volume de travail freelance est limité — 4 à 6 heures par semaine maximum pour ne pas t'épuiser
- Tu dois être très clair avec tes clients sur tes disponibilités dès le départ
Mais il y a un avantage énorme que peu de gens mentionnent : tu peux te permettre de refuser les mauvaises missions. Pas de pression financière, pas besoin d'accepter un client toxique ou un TJM en dessous de ta valeur. C'est une position de force rare.
Malt : comment j'ai trouvé mon premier contrat en 5 mois
J'ai créé mon profil Malt le jour même où j'ai ouvert ma micro-entreprise. Et pendant 5 mois… rien. Ou presque.
Pendant cette période, j'ai quand même reçu des propositions. Deux en particulier que j'ai refusées : une mission dont le brief était flou et le client peu clair sur ses attentes — ce genre de situation qui finit rarement bien — et une autre où le client attendait clairement un engagement qui dépassait mes disponibilités réelles. Pas question de me mettre une pression supplémentaire en plus du CDI. C'est exactement là que le CDI comme filet de sécurité prend tout son sens : tu peux dire non sans que ça te coûte quelque chose.
Ce que j'ai appris pendant ces 5 mois :
- Un profil vide ne génère rien. Il faut remplir chaque section, ajouter des projets réels (même ceux du CDI si tu as l'accord), préciser tes stack techniques en détail
- Le TJM affiché doit être cohérent avec ton niveau. Trop bas, tu attires les mauvais clients. Trop haut sans avis, tu fais fuir les bons
- Les premiers avis sont tout. Pour les obtenir, j'ai proposé des petites missions courtes — 1 à 3 jours — plutôt que de viser des projets longs dès le départ
Mon premier contrat : 3 jours de mission, un projet de développement pour une PME. Pas spectaculaire. Mais cette première mission a généré mon premier avis Malt — et tout s'est enchaîné plus facilement ensuite.
Ce que j'aurais fait différemment
Avec le recul, voici ce que je changerais :
J'ai fixé mon premier TJM "au feeling". J'aurais dû utiliser un calculateur pour partir d'un objectif de revenu net réel. → Calculateur TJM
Les charges URSSAF en micro-entreprise, ça se règle tous les mois ou tous les trimestres. Si tu n'as rien mis de côté, c'est une mauvaise surprise. → Simulateur URSSAF
Ma première mission, je l'ai faite sans contrat formel. Ça s'est bien passé — mais ça aurait pu ne pas se passer bien. → Modèle de contrat gratuit
Les outils que j'utilise au quotidien
Pour gérer mon activité freelance en parallèle du CDI, j'ai besoin d'outils simples qui ne me font pas perdre de temps :
- Facturation — Indy ou Axonaut pour les devis et factures en quelques clics
- Recherche de missions — Malt principalement, Fiverr pour les petites missions ponctuelles
- Contrats — les modèles gratuits de FreelanceClair que j'ai moi-même utilisés
- Suivi URSSAF — le portail autoentrepreneur.urssaf.fr, une fois par mois, 5 minutes
Conclusion : le CDI + freelance, c'est une vraie stratégie
Beaucoup de gens voient le CDI comme une prison dont il faut s'échapper le plus vite possible pour "vraiment" se lancer en freelance. Ce n'est pas ma vision.
Le CDI m'a permis de me lancer bien plutôt que de me lancer vite. D'apprendre à coder en conditions réelles, de construire un réseau, de comprendre les attentes des clients professionnels. Et maintenant, chaque mission freelance que j'accepte, je l'accepte parce qu'elle m'intéresse — pas parce que j'ai besoin de payer mon loyer.
C'est probablement la meilleure décision que j'ai prise dans cette reconversion.
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